Les peuples et les langues autochtones
| Le Canada compte au moins 65 ethnies autochtones et probablement plus de langues. Cependant, les autochtones ne parlent pas tous leurs langues ancestrales, même s'ils sont apparentés à une ethnie particulière. Ainsi, en 1996, quelque 67,8 % des autochtones parlaient l'anglais comme langue maternelle et 5,8 %, le français (soit 45 955 autochtones «francophones»). Le Canada ne compte que 15 165 personnes de langue maternelle autochtone, qui ne connaissent ni l'anglais ni le français, soit 8,1 % de tous les locuteurs d'une langue maternelle autochtone, mais 187 670 locuteurs parlent à la fois une langue autochtone et l'une des langues officielles, généralement l'anglais. Les autochtones dits «francophones» habitaient surtout le Québec (28 480), l'Ontario (6610), le Manitoba (5110), la Colombie-Britannique (1580), la Saskatchewan (1265) et le Nouveau-Brunswick (1015). Quant aux locuteurs de l'anglais, ils sont répartis dans toutes les provinces. Parmi la population autochtone, le quart (207 000) a déclaré avoir une langue autochtone comme langue maternelle, un nombre plus important de personnes (234 000) affirme être capable de parler une langue autochtone. Selon Statistique Canada, cela signifie qu'un nombre relativement important de locuteurs a appris une langue autochtone à un âge plus avancé. Cependant, seulement 15 % de la population autochtone (120 000) a déclaré qu'elle parlait une langue autochtone à la maison. Il apparaît que la connaissance d'une langue autochtone est plus répandue chez les personnes âgées de 55 ans et plus. Notons aussi que les Inuits semblent les plus aptes à parler leur langue maternelle, puisque les trois quarts d'entre eux ont déclaré pouvoir soutenir une conversation dans leur langue. Les langues autochtones Les langues autochtones figurent parmi les plus vieilles langues du monde: plusieurs d'entre elles datent de plusieurs milliers d'années. Ce sont donc des langues beaucoup plus âgées que l'anglais ou le français. Selon la classification du linguiste comparatiste américain Joseph Greenberg, les langues autochtones seraient issues de trois langues originelles, appelées des «protolangues»: l'esquimo-aléoute, l'eurasiatique et le déné-caucasien. Au Canada, après la dernière grande glaciation, les communautés autochtones auraient commencé à conquérir progressivement l'espace géographique et à adopter ces nouveaux territoires. Avec le temps, chacune des communautés aurait développé une langue propre issue des protolangues et basée sur l'intégration de nouveaux mots, ceux-ci étant inspirés par divers facteurs tels que la géographie, l'environnement immédiat, le climat, la faune et la flore locale, etc. Après quelques siècles de ce régime, de nouvelles langues seraient nées, tout en conservant des liens de parenté indéniables. Le nombre des langues Il n'est pas aisé de connaître le nombre exact des langues autochtones au Canada, et ce, pour plusieurs raisons. Beaucoup d'autochtones ont l'anglais ou le français comme langue maternelle, d'autres parlent à la fois une langue autochtone et une langue officielle, d'autres n'ont qu'une connaissance passive de leur langue ancestrale, alors que certaines petites langues sont en voie d'extinction ou le sont déjà. De plus, un certain nombre d'autochtones ne participe pas aux recensements fédéraux, sans compter que les variétés dialectales compliquent grandement la classification. Selon les sources, on compte entre 56 et 70 langues autochtones dans le pays. L'organisation non gouvernementale américaine Ethnologue, du Summer Institute of Linguistics basé à Dallas, dénombre 63 langues pour le Canada:
Par ailleurs, il faut aussi mentionner les langues en voie prochaine de disparition:
Cependant, les statistiques d'Ethnologue se révèlent différentes de celles du recensement fédéral canadien de 2001. Par exemple, Ethnologue compte 54 614 locuteurs du cri, mais le gouvernement canadien en dénombre 72 880; pour l'objibwé, c'est 43 000 dans le premier cas, 30 730 dans le second; pour l'inuktitut (appelé l'inuit au fédéral), c'est 18 000 locuteurs contre 29 010. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que les langues autochtones comptant le plus grande nombre de locuteurs sont le cri, l'ojibwé et l'inuktitut. Dans l'ensemble du Canada, seules quelques langues se démarquent des autres par le nombre de leurs locuteurs : le cri (langue maternelle de 72 880 locuteurs), l'ojibwé et l'oji-cri (30 730 locuteurs) ainsi que l'inuit (29 010 locuteurs). Viennent ensuite, très loin derrière, le montagnais-naskapi (considéré comme comme une seule langue!) et le déné, avec environ 9000 locuteurs. Le nombre des locuteurs des autres langues ne dépasse pas 5000 locuteurs, et il se situe très souvent très au-dessous de ce seuil. En général, le recensement de 2001 a permis de constater une diminution des langues autochtones en tant que langue maternelle, c'est-à-dire la première langue apprise à la maison. Le mitchif Il faudrait souligner aussi une langue bien particulière: le mitchif (michif en anglais). C'est une langue parlée par certains autochtones au Canada et aux États-Unis. Elle est particulière dans la mesure où elle est formée de deux langues: le cri et le français. C'est donc une langue mixte (comme les créoles, sans être un créole) dont les verbes et la grammaire sont généralement d'origine crie, et les noms et la grammaire d'origine mitchif et crie. Certains verbes et certains noms proviennent du saulteux. Cette langue est particulière à la nation métisse; le mitchif est en partie menacé par l'utilisation accrue du français et d'autres langues autochtones parmi les Métis. En 1991, 840 locuteurs parlaient le mitchif. On ne sait pas vraiment combien le mitchif compte de locuteurs, car cette langue ne faisait pas partie des choix de langues offerts par le recensement du Canada en 2001. Le degré des connaissance des langues autochtones Selon le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA, 1996):
Le même rapport soulignait également que 92,5 % des personnes qui ont déclaré que leur langue maternelle était une langue autochtone étaient associées à trois groupes linguistiques : les langues algonkiennes (surtout le cri et l'ojibwé/saulteaux), l'inuktitut et les langues na-déné (athapaskanes). En 1990 et 1991, l'Assemblée des Premières Nations (APN) a effectué une enquête sur l'état des langues des Premières Nations dans les réserves du Canada. Les résultats ont été publiés dans les rapports intitulés Towards Linguistic Justice for First Nations (1990) et Towards Rebirth of First Nations Languages (1992). Cette enquête est accablante pour les langues autochtones: elle révèle et confirme que, sur environ 53 langues au Canada, 50 d'entre elles étaient alors en voie d'extinction. Le rapport souligne que seul le tiers des 151 collectivités qui ont fait l'objet de l'enquête (sur environ 630 au total) peuvent être classées parmi celles possédant une langue dont la vitalité est réelle (c'est-à-dire que plus de 80 % de tous les groupes d'âge parlent couramment leur langue maternelle) ou stable (c'est-à-dire que plus de 60 % des groupes d'âge la parlent couramment). Dans plus du quart des collectivités, la langue était «déclinante», c'est-à-dire qu'on note une diminution du nombre de locuteurs de chacun des groupes d'âge. Malheureusement, on estime qu'au moins 80 % des langues autochtones du Canada seraient actuellement en voie d'extinction. Plusieurs des langues parlées par les peuples autochtones ne comptent que quelques dizaines de locuteurs, parfois encore moins (p. ex., le chinook, le comox, le kutenai, etc.). Bref, seuls le cri, l'inuktitut et l'ojibwé sont parlés par une population suffisamment importante pour être considérés comme véritablement à l'abri d'une menace d'extinction à long terme. Les familles linguistiques Alors que les spécialistes des langues indiennes postulaient l'existence de plus de deux cents familles indépendantes, le linguiste américain Joseph Greenberg a proposé, rappelons-le, l'existence de trois familles. La plus importante et la plus ancienne (la famille eurasiatique) rassemble les langues amérindiennes (presque toutes les nations amérindiennes). Par la suite, viendraient les langues na-déné du nord-est du Canada, ainsi que les langues eskimo-aléoutes pour les autochtones de l'Arctique. Mais ces hypothèses demeurent controversées, et beaucoup de linguistiques canadiens et américains remettent en question cette méthode de classification. La classification plus traditionnelle présente huit familles linguistiques rassemblant 70 langues:
La plupart des langues amérindiennes appartiennent à quatre familles linguistiques: la famille eskimo-aléoute (5 langues) au nord, la famille iroquoienne (5 langues) au centre-est du Canada, la famille algonkienne (21 langues) de l’est des Grands Lacs aux Maritimes et la famille na-déné (20 langues) au nord et à l’ouest du pays. Néanmoins, les familles pénutienne (3 langues), salishenne (10 langues), sioux (2 langues) et wakashane (4 langues) rassemblent 19 langues.
La famille algonkienne
La famille iroquoienne La famille iroquoienne compte une dizaine de langues (45 000 locuteurs) parlées principalement en Ontario, mais aussi au Québec (mohawk et huron) et aux États-Unis (Caroline du Nord).
La famille na-déné La famille na-déné compte près d'une cinquantaine de langues constituées en trois groupes principaux: le groupe haïda, le groupe athapascan et le groupe tlingit.
La famille eskimo-aléoute La famille eskimo-aléoute compte deux groupes (aléoute et eskimo) pour une vingtaine de langues ou de dialectes parlés par quelque 65 000 locuteurs. Plusieurs linguistes parlent plutôt de dialectes parce ces idiomes forment un ensemble de parlers inuits avec d’autres tels que l'inuttut du Labrador à l’est, l'inuttitut de l'île de Baffin du Sud, l'inuktitut de l'île de Baffin du Nord, l’aivilik et le kivalliq du Keewatin (Ontario).
On obtient ainsi un total de sept langues (l'inuit inclus) appartenant toutes à la famille eskimo-aléoute et parlées dans quatre pays: la Russie, les États-Unis (Alaska), le Canada et le Groenland. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
|
![]() |
||
| Avis importants | ||||