La création du Haut-Canada et du Bas-Canada (1791)

En plus de la création de deux nouvelles colonies, le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Cap-Breton, l'afflux des loyalistes en Amérique du Nord britannique provoqua la création d'une troisième colonie en 1791: le Haut-Canada, issu de la séparation de la province de Québec en deux colonies distinctes. C'est l'Acte constitutionnel (on dirait aujourd'hui Loi constitutionnelle) de 1791, qui officialisa la création des deux colonies: le Haut-Canada à l'ouest (ou Upper Canada) et le Bas-Canada à l'est (Lower Canada).

Le gouvernement britannique n'avait pas eu d'autre choix, pour obtenir la fidélité des loyalistes établis au Québec, que de diviser la province. Il faut dire aussi que les anglophones de l'Ouest et les francophones de l'Est commençaient à être à couteaux tirés.

Dans l'espoir de mettre fin aux luttes entre francophones et anglophones, le secrétaire d'État aux colonies (le Colonial Office), Lord Grenville, avait présenté au Parlement britannique un projet de loi qui divisait la «Province of Quebec» d'après un clivage ethnique en créant deux colonies distinctes: le Haut-Canada à l'ouest (ou Upper Canada) et le Bas-Canada à l'est (Lower Canada). De cette façon, le gouvernement britannique contentait tout le monde. D'une part, il ralliait les Canadiens français à sa cause, car la menace d'une guerre avec les États-Unis demeurait toujours présente (elle éclatera en 1812). D'autre part, le gouvernement créait une enclave réservée aux loyalistes afin que les fidèles sujets de Sa Majesté, massivement anglicans et anglophones, ne puissent plus souffrir des revendications de la majorité française et catholique. Enfin, la création de la nouvelle colonie à l'ouest du Québec fermait toute possibilité d'expansion des francophones vers le «pays d'en haut», dorénavant appelé le Haut-Canada.

La colonie anglaise du Haut-Canada et les Cantons-de-l'Est du Bas-Canada devaient être régis par le droit coutumier anglais et une assemblée parlementaire. La province francophone, pour sa part, devait conserver la forme de gouvernement décrétée par l'Acte de Québec. C'est le gouvernement britannique qui avait décidé, contre la volonté du gouverneur Carleton (devenu lord Dorchester), de diviser ainsi la province de Québec, car il avait estimé que c'était le meilleur moyen de satisfaire les intérêts à la fois des loyalistes et des Canadiens français. La «Province of Quebec» avait cessé d'exister pour faire place au Bas-Canada.

Les sept colonies de l'Amérique du Nord britannique (le Bas-Canada, le Haut-Canada, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve, l'Île-Saint-Jean et l'Île-du-Cap-Breton) comptaient à la toute fin du XVIIIe siècle quelque 390 000 habitants, à l'exclusion des autochtones. Outre les 200 000 descendants des colons français de la vallée du Saint-Laurent (devenue le Bas-Canada), on dénombrait 140 000 Britanniques, dont 70 000 dans les Maritimes, 25 000 dans chacun des Canadas et environ 20 000 à Terre-Neuve. Dans l'Ouest, une région encore peu connue, on pouvait probablement compter quelque 40 000 personnes. Il reste maintenant à voir comment les habitants du Bas-Canada et du Haut-Canada vécurent les débuts difficiles de la dualité linguistique.

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